La file d’attente pour charger le plomb depuis les entrepôts du London Metal Exchange (LME) à Singapour s’étendait sur 95 jours fin octobre.
Dans le monde miroir des entrepôts du LME, une si longue attente pour accéder aux stocks n’est pas le signe d’une brusque poussée de la demande mais plutôt d’une offre excédentaire chronique.
Les stocks de plomb enregistrés au LME sont les plus élevés depuis plus d’une décennie et les négociants se battent depuis des mois pour obtenir des unités afin de conclure des accords de stockage lucratifs.
L’entreposage du métal des batteries est actuellement plus rentable que sa livraison dans la chaîne d’approvisionnement physique.
Le brassage de métal qui en résulte entre les exploitants d’entrepôts peut générer beaucoup de bruit, mais le signal sous-jacent est celui d’un métal qui accumule toujours plus de surplus.

Carrousel de métaux lourds
Les stocks de plomb du LME ont été stockés presque exclusivement à Singapour au cours des deux dernières années, en grande partie dans des entrepôts appartenant à Grafton Logistics Services.
Grafton, qui a récemment vendu ses opérations de Singapour au géant commercial Trafigura, a déjà eu des files d’attente de chargement spécifiques aux leads, une fois en avril 2024 et de nouveau en avril 2025.
De telles files d’attente « flash » témoignent du carrousel d’actions qui s’est déroulé dans la cité-État. Plus de 800 000 tonnes de plomb ont été livrées depuis et vers les entrepôts du LME à Singapour depuis le début de l’année, soit une baisse nette de 15 700 tonnes.
L’ampleur du désabonnement n’a cessé d’augmenter au point que le 9 octobre a apporté un volume massif de 117 900 tonnes d’annulations alors que le métal était préparé pour le chargement.
Le moteur de ce carrefour des métaux lourds est l’accord de stockage en partage de loyers du LME, qui permet aux négociants livrant du métal dans le système LME de prendre une part des futurs revenus de location tant que le métal reste dans cet entrepôt.
Sans surprise, l’acheteur du métal choisit souvent d’échapper à cet accord en annulant le métal, en le chargeant et en le livrant à un autre entrepôt, concluant ainsi un nouvel accord de partage de loyer.
Le stockage au LME à Singapour peut coûter jusqu’à 51 cents américains par tonne et par jour, c’est pourquoi l’arbitrage entre entrepôts peut être une source de revenus pour toutes les personnes impliquées.
Fait inhabituel, la dernière vague de livraisons du 14 novembre comprenait 42 025 tonnes au port taïwanais de Kaohsiung plutôt qu’à Singapour. Mais il ne sera pas là longtemps. Tout a déjà été annulé en préparation du chargement.

Au-delà du bruit
Le rond-point de Singapour sert à brouiller les signaux de prix des actions du LME.
Un moyen d’éviter le bruit des gros titres est d’examiner à la fois les stocks enregistrés au LME et les stocks hors mandat du LME, qui constituent le côté obscur du carrousel.
Les stocks combinés de plomb du LME, sous garantie et hors garantie, sont passés de seulement 21 500 tonnes début 2023 à plus de 404 000 tonnes. Il y a eu une mini-augmentation de 71 000 tonnes depuis début septembre, coïncidant avec l’accélération des importations singapouriennes de plomb raffiné en provenance d’Inde.
Le LME n’a présenté ses rapports sur les stocks hors mandat qu’en 2020, toute comparaison historique directe est donc impossible, mais le niveau record des stocks de plomb uniquement enregistrés était de 388 500 tonnes en 2011.
L’une des fonctions principales du LME est le financement et le stockage des excédents de métal, et les deux peuvent être activement négociés de manière ingénieuse, notamment par des accords de partage des rentes.
Le tout, cependant, repose sur la présence de beaucoup de surplus de métal avec lequel jouer. Ces stratégies d’entrepôt ont été développées sur le marché de l’aluminium du LME, qui présente historiquement des stocks très élevés.
Montagne de plomb
La montagne de plomb dans les entrepôts du LME concorde avec l’évaluation du Groupe d’étude international sur le plomb et le zinc selon laquelle le marché mondial du plomb raffiné n’a enregistré qu’une année de déficit d’approvisionnement depuis le début de la décennie.
C’était en 2022, lorsque de multiples pannes de fonderies ont entraîné une contraction de la production mondiale de plomb raffiné de 1,7 % et que les stocks du LME ont terminé l’année à seulement 25 150 tonnes.
Depuis lors, l’offre de plomb a dépassé la demande à hauteur de 231 000 tonnes sur 2023 et 2024 et de 32 000 tonnes supplémentaires au cours des neuf premiers mois de cette année.
Les prévisions les plus récentes du groupe d’étude en octobre prévoyaient une situation similaire pour l’année prochaine, avec un excédent d’offre prévu de 102 000 tonnes.
Compte tenu du poids des actions sur le marché, il n’est pas surprenant que l’avance sur trois mois du LME soit restée bloquée pendant la majeure partie de l’année dans une fourchette de 1 900 à 2 100 dollars la tonne, à l’exception d’une brève baisse jusqu’au plus bas de l’année à 1 837,50 dollars en avril au moment de l’effondrement plus large du marché du « Jour de la Libération ».
Il y a sans doute eu plus d’action dans les spreads temporels, qui se sont fortement contractés en mai et à nouveau en octobre alors que les commerçants et les banques se disputaient les stocks de plomb disponibles à financer et à stocker.
La dernière bataille semble être terminée avec la période de référence de trois mois en espèces qui s’est fortement atténuée, passant d’un report de 11 dollars la tonne au début du mois à 36 dollars la tonne.
Cela signifie probablement des périodes plus chargées pour les débardeurs de Singapour, qui déplacent des palettes de plomb raffiné dans la zone d’entreposage de la ville.
(Les opinions exprimées ici sont celles de l’auteur, Andy Home, chroniqueur pour Reuters.)
(Edité par Tomasz Janowski)




